L'abricot de la survie

Par passion et tradition familiale, je suis arboriculteur de montagne sur un domaine d’abricotiers et pruniers (15 ha sur le coteau et 3 en plaine). Ce printemps, j'ai perdu la quasi-totalité de ma récolte du coteau. Après une nuit d’attente et d’angoisse, le froid polaire, la bise noire et la neige sont arrivés à l’aube. Ma lutte désespérée a été vaine.

Cette année, j'aurai très peu de récolte et donc un manque de revenu très conséquent mais je devrai tout de même soigner mes arbres et gagner la vie de ma famille. Ces dernières années, à cause du gel, de la grêle et des attaques de nouveaux ravageurs (psylle, Suzukii, cochenille farineuse...), je n'ai pas eu de récoltes normales. Mon domaine est en sursis.

Par chance, je touche les paiements directs pour les prestations écologiques et l'entretien du territoire. L'abricot est une culture délicate qui ne peut se passer totalement de traitements. Le consommateur suisse est exigeant et la concurrence étrangère rude. Je n’effectue que les traitements indispensables avec une méthode fastidieuse afin d’éviter toute dérive de produit. Le marchand qui prend mes fruits les analyse chaque année et n’a jamais trouvé de résidus de pesticides.

J’ai peur du vote de la population éloignée des réalités concrètes du monde paysan. Les initiants prennent en otage les idéalistes de l’écologie comme les citadins, les consommateurs de bio et ceux soucieux de manger sainement. Ils manipulent leur sensibilité par des arguments émotionnels et fallacieux. Vouloir un environnement sain est légitime mais pas de s’acharner sur les agriculteurs en les accusant de polluer alors que les modes de cultures sont chaque année plus verts.

Pour la survie du monde paysan, la sécurité de notre assiette et notre souveraineté alimentaire: 2xNON le 13 juin.

- K.D., arboriculteur, Fey